Penseur majeur de la décolonisation, Frantz Fanon a marqué l’histoire par ses analyses incisives sur le racisme, l’aliénation et la violence coloniale. Pourtant, en France, son héritage semble relégué aux marges. Est-ce parce que son œuvre dérange ? Notamment parce qu’elle met à nu les mécanismes d’oppression qui ont structuré l’histoire coloniale française ? Son engagement révolutionnaire, son ancrage dans la lutte anticoloniale en Algérie, son appel à la révolte des peuples dominés ne cadrent pas avec une lecture aseptisée du passé colonial. La France, encore hantée par ses fantômes impériaux, peine à intégrer une pensée qui l’oblige à se confronter à ses propres responsabilités, à sa propre inhumanité. Peut-être aussi parce que Fanon ne se contente pas d’un regard analytique : il appelle à la révolte. Une pensée qui bouscule, qui invite à renverser l’ordre établi, effraie toujours ceux qui s’accrochent à leurs privilèges. Cependant, des artistes s’emploient à le faire connaître à un plus large public. Un film et une bande dessinée lui ont été récemment consacrés, cherchant à rendre son combat et sa pensée accessibles à une nouvelle génération. À travers ces œuvres, Fanon retrouve une voix, et son message continue de résonner, en dépit du silence persistant des institutions françaises. Pour en parler Blast reçoit Jean-Claude Barny, réalisateur du film Fanon, actuellement en salle. Et Frédéric Ciriez et Romain Lamy, auteurs d’une bande dessinée intitulée « Frantz Fanon », publiée aux éditions La Découverte.
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Morgane Sabouret / Margaux Simon